Une mauvaise réalisation, de mauvaise facture

Publié le par ODAM_Wbm

 

Mauvais choix de réalisateur

 

La Gazette de Montpellier s’est penchée sur le cas de l’usine de méthanisation et a mis son grain de sel dans le concert de protestations. Elle évoque le point de vue du Président de l’Agglo de Montpellier pour défendre, bien sûr, le point de vue de celui-ci, sur la menace du Préfet de fermer l’usine (je cite la Gazette) : « […] il me cherche sur ordre de ses copains de l’UMP parisien […]. Ce n’est pas de sa faute, l’Agglo a bien travaillé !? Elle et ses ingénieurs n’ont commis aucune faute !? Tout un quartier de Montpellier et une ZAC construits sur des terrains à haute valeur ajoutée sont victimes de l’entêtement à construire «  ! » et pas ailleurs ! Le précédent préfet, en délivrant ses diverses autorisations et en validant l’enquête d’utilité publique ne méritait aucun reproche de Monsieur Georges FRÊCHE ! Celui-ci a peut-être été mal conseillé par un entourage omniscient, par des gens qui croient tout savoir. Nous pourrions douter que, selon son habitude, il aurait imposé à son entourage, son point de vue sur une idée soufflée par ses anciens-nouveaux amis Les-Verts : une réalisation écologique ? On peut en douter, de nombreuses erreurs ont été commises dans sa mise en oeuvre.

La première erreur a consisté à utiliser une lacune de notre législation sur ce type d’usine et à vouloir construire, contre tous les avis exprimés par les citoyens, lors de l’enquête d’utilité publique. Je veux l’usine là ! et pas ailleurs, débrouillez vous à justifier le choix « à posteriori ». Un processus écologique industrialisé devient une Installation classée pour la protection de l’Environnement (ICPE). Qui saura vraiment les vrais raisons que la raison ignore ! Peut-être une commission d’enquête parlementaire ou une enquête diligentée par la lointaine Cour régionale des comptes délocalisée prochainement à … Marseille !

La seconde erreur est l’ignorance absolue de l’Ecologie scientifique. Je ne contesterais en aucune façon les compétences d’un professeur agrégé, double docteur en droit, mais qui n’a aucune connaissance en écologie scientifique. Il a cru que procédé écologique rimait avec inocuité, il a eu tort. En imposant la construction « de ce mégacentre de traitement de déchets dans le secteur de Garosud » [je cite la Gazette], il a ignoré une règle fondamentales de l’écologie scientifique et s’est comporté en apprenti sorcier, se tirant une balle dans le pied ! La nature regorge de « processus écologiques » mais qui sont de redoutables poisons. Les écologistes amateurs, vrais politiciens, qui ont conseillé ce procédé ont eu une bonne idée, la mise en œuvre a été dévoyée !

Un volcan qui fait éruption en Islande est un phénomène écologique, naturel qui n’en constitue pas moins un redoutable danger pour ses riverains et même à 5.000 km de là paralyse toute circulation aérienne. Un autochtone d’Amazonie ou de Guyane qui dépose un étron fumant et odorant sur le bord de l’Amazone ne gêne personne. Un méthaniseur chargé de plusieurs tonnes de digestat bien fermenté qui crache un gigantesque étron, dans des stalles de compostage non-étanches, utilise bien un procédé écologique comparable à ce qui se passe dans nos intestins. Lors de la visite de l’usine, on tient les visiteurs loin ce ces stalles ouvertes. C’est là la première source d’odeurs que Vinci et l’Agglo ne savent pas maîtriser ! A Barcelone, les digestats sont recueillis dans des tunnels étanches, sur aérés, suroxygénés, où le phénomène de méthanisation odorant met quelques jours à s’arrêter pour faire place au processus de compostage et de maturation inodore. Entre quelques grammes de matière et plusieurs tonnes, il y a une sacré différence. Là se place un choix technique d’un constructeur d’usine inexpérimenté et celui d’un constructeur bien rôdé. Entre Varga, compétiteur expérimenté et doté de réalisations nombreuses et opérationnelles mais desservi par son conflit avec l’Agglo et Vinci, le choix de ce dernier a été catastrophique. Les faits sont là, le contrôle des odeurs, les dysfonctionnement de la chaîne de tri mécanobiologique (TMB) sont inefficaces et depuis 2 ans, de notoriété publique, n’ont pas été maîtrisés.

Le cahier des charges de l’usine a utilisé une procédure légale, certes, mais peu adaptée. L’Agglo ne sachant pas formaliser ses besoins a eu recours à la procédure d’appel d’offres sur performances et dialogue compétitif. Les ingénieurs de l’Agglo rencontres séparément les candidats qui élaborent, chacun de son côté, un cahier des charges avec ces ingénieurs. Ce type de procédure est utilisé généralement par de petites collectivités territoriales sans moyens. La responsabilité des partenaires (agglo / soumissionnaire) est de 50-50, vue de l’extérieur ! Là est le nœud du problème : on élimine pour des raisons inconnues un candidat expérimenté ayant des références et on lui préfère un concurrent plus cher et sans références véritables (deux contre seize !). Le marché, voté par le conseil d’agglomération, est passé par la SERM. Nous avons une lettre du Trésorier Payeur Général qui l’affirme.

Et depuis deux ans, rien ne marche malgré 73 M€ déjà dépensés (7 M€ dépensés entre 2009 et 2010 dont 3,5 de fonds publics) et un investissement prévu de 11 M€. L’usine de Barcelone « Ecoparque II Montcada-y-Reixac », réalisée par Valorga (société montpelliéraine) n’a coûté que 55 M€ dont 10 M€ de co-financement européen. Amétyst a eu un co-financement de 9,7 M€ de la Région Languedoc-Roussillon et rien de l’Europe ! L’Europe a co-financé au moins deux usines de Espagne (Barcelone et La Rioja)  !. Pourquoi n’y en aurait-il pas eu celle de Montpellier ?

La troisième erreur est celle de la conception de la collecte séparative des déchets qui n’a pas été suffisamment réfléchie et préparée en hâte (3 mois avant l’ouverture de l’Usine). Pourtant, il y a eu du temps écoulé entre le vote du premier projet toqué par la justice administrative à la demande de Valorga écarté du premier appel d’offres et la mise en place du second projet (plus de 7 années). Le tri à la source, fait par une infime partie des citoyens de l’Agglo (35.000 t/an de fermentescibles prévus) et les 175.000 t/an de déchets ménagers non-triés dits résiduels (DMR, provenant des habitats collectifs) est mal conçu, basé sur des conteneurs à déchets ménager inadaptés. Ces conteneurs non aérés et recueillis une fois par semaine font fermenter les déchets. Les conteneurs à fermentescibles à couvercle orange destinés aux habitats individuels ont amené, en juillet 2008, une invasion de mouches. Ces incubateurs à mouches à couvercle peu étanche ont été envahis par les mouches qui y ont pondu (Pignan, Saint-Georges-d’Orques, Saussan, Fabrègues, …). Les asticots y sont devenus pupes. Celles-ci introduites dans l’usine avec les fermentescibles, ont éclos et les mouches ont colonisé les superstructures du bâtiment d’Amétyst où elles ont hiverné. D’autres se sont échappées d’un bâtiment peu étanche aux insectes et ont colonisé les environs au grand dam des riverains !

Les DMR proviennent en majorité des habitats collectifs de Montpellier. D’après les chiffres 2006, il y avait 120.700 logements collectifs à Montpellier (sur un total de 142.600 chiffres ALE). Cet habitat est supposé ne pas trier et produit des DMR. L’Agglo donne une production moyenne de 549 kg par an et par habitant, en comptant 3 habitants en moyenne (ce qui est loin du cas pour ce type d’habitat) on obtient un total 198.713 t/an. Ceci donne 3.823 t/semaine qui séjournent donc 7 jours dans les conteneurs gris, avec ou sans sacs plastique gris. Ces DMR arrivent à l’usine en état de putréfaction avancée. Là se place la seconde source importante d’odeurs, la fosse de réception baptisée « quai de transfert » où sont déversés ces déchets pourris qui ont commencé leur fermentation méthanique et odorante. L’usine a été conçue pour traiter 175.000 t/an de DMR !? Elle est sous dimensionnée. On comprend que le tri sélectif soit encouragé, on peut s’étonner qu’il le soit dans les habitats individuels où il est largement pratiqué. Il n’est pas de nature à diminuer le tonnage total des DMR !? La réduction du poids des déchets doit s’appliquer au grand habitat collectif où on ne trie pas.

Notre prototype local ne marche pas depuis deux ans ! Les améliorations n’ont pas été visibles. Et pourtant, le concurrent de Vinci, Valorga, nous a affirmé pouvoir rapidement, en quelques mois, corriger les désordres. Il suffit de consulter la description technique du processus mis en œuvre à Barcelone et à Varennes-Jarcy pour comprendre la différence entre un professionnel averti et doté de références et un constructeur qui tente de se reconvertir dans un domaine où il balbutie à nos frais et sur le dos des contribuables de notre agglomération.

Quelles solutions ? Un tri citoyen sérieux et généralisé, une collecte sélective dotée de moyens appropriés et une usine délocalisée hors d’un périmètre urbain. Nous ne voulons pas d’un prototype industriel mis-au-point  à nos frais. En attendant, il existe un Plan départemental d’élimination des déchets du département de l’Hérault confié pour exécution en 2008 par la Préfecture au Conseil Général.

Publicité

Publié dans Méthanisation

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article